ASSOCIATION DES FAMILLES CAMPAGNA

Nos ancĂȘtres

NOS ANCÊTRES ITALIENS

Le 27 mars 2020, uncousin, Don Cee Campagna, du Vermont, a fait des recherches sur GENI et y a trouvé le chaînon manquant à nos lignées. Nous savions que nous étions de descendance italienne, de par la résonnance du nom Campagna. Mais personne ne pouvait relier nos ancêtres, Mathias et Pierre Campagna, venus de LaRochelle en France, à des ascendants Campagna venant d'Italie. Le Frère Dominique Campagna, comme notre cousin Donald Campagna seraient ravis d'apprendre la nouvelle. Don Cee Campagna, dans ses recherches, a su relier les deux générations de Campagna.

Père de Mathias et Pierre: MATHURIN Campagna, né en 1612, à Angoulin, Charente-Maritime, France, décédé en 1670 à LaRochelle, 6 ans après le départ de leurs deux fils pour laNouvelle-France. Mère de Mathias et Pierre: JACQUETTE SUIRE, née en 1625 et décédée en 1669, 5 ans aprèes le départ de ses deux fils. On ne sait pas la raison de leur arrivée en France.

Parents de Mathurin: GIACOMO Campagna, né en 1583 et décédé en 1639. Il s'est marié à Marianna Zito, née en 1587 et décédée en 1629. Giacomo est né à Ajaccio en Corse du Sud, en France.

Parents de Giacomo: LEONARDO Campagna, né en 1565 et décédé en 1601. Il s'est marié à Francesca Bordia.

Parents de Leonardo: LUIGI Campagna, né en 1529 et décécé en 1562.

Parents de Luigi: GIOVANNI Campagna, né en 1495 et décédé en 1541

Parents de Giovanni: COSTANZO Campagna, né en 1469 à Milan, dans la Lombardie en Italie. Décédé en 1502.

Parents de Costanzo: MARCO Campagna, notre ancêtre le plus éloigné, né en 1437 à Milan en Lombardie en Italie. On ne connaît pas la date de son décès. Il s'est marié à Ginevra Storza, née en 1440 et décédée en 1507

Nous sommes donc de descendance italienne. Donc à partir de Mathioas Campagna, on peut ajouter 7 autres générations. 

Merci à DON CEE Campagna pour cette recherche historique pour notre famille.

Voici maintenant l'histoire de Mathias Campagna et Suzanne Aubineau et Pierre Campagna et Anne-Françoise Martin.

L'ARRIVEE DE MATHIAS ET PIERRE CAMPAGNA AU CANADA

Ce ne fut pas une mince affaire pour nos ancêtres, Mathias et Pierre Campagna, de se rendre en Nouvelle-France.

Selon Robert L’Heureux, "Pour comprendre le contexte de leur départ, il est bon de revenir en arrière.  En 1661, le roi a promis d’envoyer au Canada 300 colons chaque année durant dix ans.  Au début, le recrutement et le transport se font par les soins d’officiers royaux, mais ceux-ci ne donnent guère satisfaction.  En 1664, le ministre Colbert confie le recrutement plutôt à une société de marchands de Rouen.  À chaque homme de travail ou engagé, est affecté 95 livres: 60 pour son passage et 35 à titre d’avance pour se procurer des hardes et pour se nourrir en attendant l’embarquement.  Cette avance sera remboursée à Québec par l’employeur, qui lui-même pourra la réclamer de son engagé sur son salaire ”. (Source : La Maison Auclair-L’Heureux, écrit par M. Robert L’Heureux)

D’abord, Mathias et Pierre Campagna signent un engagement (introuvable) en 1663 devant leurs parents et des représentants du gouvernement français.  On leur donnait rendez-vous à La Rochelle.  Ils s'embarquent, le 24 mars 1664, à bord du “Noir de Hollande”.  C’est, pour nos ancêtres, un voyage très difficile qui dure deux mois exactement.

Deux fois par jour, un marin allume un feu dans un grand chaudron au centre de la grande salle pour que les passagers puissent préparer eux-mêmes leurs repas.  Certains mangent des oeufs conservés dans de la graisse fondue, du pain, des poules, du cochon.  Mais les provisions baissent très vite.  Plusieurs ne mangent plus que des biscuits durs.

On se tient par petits groupes venant du même endroit.  Puis on se rapproche des autres groupes et on se parle du nouveau pays à défricher.  Il y a bien peu de distractions à bord.  On s’installe dans des grandes salles, sur le plancher.  Chacun apporte sa paillasse et ses couvertures.  En dehors des repas, les passagers dorment ou s’accoudent sur les bords du bateau, à regarder les vagues.  Lorsque le vent était bon, tout allait bien. Mais lorsque le vent tombait, il fallait attendre des jours et des jours avant de pouvoir avancer un peu.

Des passagers meurent du scorbut.  Souvent ces navires sont infestés de vermine et de microbes.  Il arrivait que la peste se déclarait à bord et des passagers mouraient et on ne pouvait les garder sur le bateau.  On les rejetait à la mer, dans des sacs de toile.  Le prêtre faisait quelques prières pour leur âme.

S’il arrivait que l’eau manque à bord, pas question de boire l’eau de mer.  Il faut ramasser l'eau de pluie pour la boire.  Plusieurs souffrent du mal de mer.  Puis, quand le marin à la vigie criait “ terre ”, tout le monde voulait voir et la vie reprenait à bord.

Le choc est dur à l’arrivée: forêt immense, pas de route et climat dur.  Ils ne savaient pas trop ce qui les attendait: moustiques, Indiens, bêtes sauvages.  Ils acceptent de vivre dans ces conditions, alors que d’autres retournent en France.  Il faut braver l’hiver et préparer les terres à la culture.

Le Roi de France choisissait les colons qui voulaient partir en Nouvelle-France.  C’était des gens de bonne vie, pas riches mais pas miséreux pour autant.  Ils étaient d’abord engagés chez des colons déjà établis qui leur montraient à cultiver, couper le bois de chauffage, confectionner les raquettes, chaussures, construire une maison, se défendre contre l’hiver et les Iroquois.

C’est ainsi que les Campagna ont été introduits en Nouvelle-France.  Rendons hommage à Mathias et Pierre Campagna qui ont laissé leur famille pour venir défricher ici.  Ils sont deux héros de la Nouvelle-France.  Leurs nombreux descendants leur sont reconnaissants. 


     

LE NOIR DE HOLLANDE

Deux navires sont nolisés par la Compagnie de Rouen, responsable du recrutement des colons.  Il y a le “Saint-Jean-Baptiste”, bateau jaugeant 300 tonneaux, équipé de 24 pièces de canons.  Comme les navires ont le droit de transporter 50 passagers par 100 tonneaux, il pourra transporter 150 colons, mais il n’en transporte qu’une centaine.  Il arrivera en Nouvelle-France en 1666.  L’autre navire est le “ Noir d’Amsterdam ” dit le “ Noir de Hollande ”.  Il ne jauge que 100 tonneaux et transporte 60 passagers.  Il transporte aussi 10 barriques d’eau-de-vie, 400 haches et 6 brebis.  Le Noir de Hollande, bateau de 75 pieds de long avec deux grands mâts, quitte La Rochelle le 24 mars 1664 et arrive à Québec le 24 mai 1664.  Soixante passagers y prennent place dont 9 meurent en mer.  On compte aussi neuf matelots et un aumônier.  Le commandant se nomme Pierre Fillye de Brest, qui commandera aussi le Saint-Jean-Baptiste en 1666.  Le bateau doit débarquer ces passagers à Québec, mais vient aussi pour la pêche sur la côte canadienne.  En regardant les archives de la Charente-Maritime (France), Amirauté de La Rochelle, No B5665-110-année 1664. Voici la liste des cinquante et un (51) passagers du dit navire qui accoste à Québec :

Consulter l'archive originale (nos ancêtres se trouvent au bas de la page 3) 
  
 

Jean Cris, Nerpon,Nantois Antoine Tapin, Poiré en Vélire
Antoine Pajau, Rufec, Poittou Joachim Brunet, LaRochelle
André Goutron, LaRochelle Matelin Corniveau, Fontenay
Mathelin Cardin, Poittou Jean Bertran, Aubenas
Jean Baudet, Blanchet, Poittou Jacques Duboys, Nieul, Poittou
Pierre Blet, Che Boutonne Jean Plaignol, Aubenas
Marc Butain, Paris Simon Guilleret, Bloys
François Boa, Villefaignan Mathurin Moreau, Chandenier
Jean Roy, Lagny Jean Robert, Lagny
Pierre Groulet François Marchand
Jacques Gerny, Aiguillon Pierre Audigé
Toussaint Baudry, Lagny Zeanne Bénard, Paris
Pierre Houdan, Lisieux Jean Baillie, Isle de Ré
René Peltier, Marans Pierre Parot, Isle de Ré
Jacques Beaudoin Nicolas Geoffroy, Isle de Ré
Simon Derne, LaRochelle Nicolas Boue, Poiré, Vélire
François Bastard, Jaume, Poittou Jean Fretté, Gué, Vélire
Jean Bouesmé, Poittiers Pierre Fournier, Aigre, Poittou
Pierre Caillau, Gué, Vélire Louis de LaHaie, Loudon
René Jouchon, Poittiers Jean Fourment, Picardie
MATHIAS CAMPAGNAT, LaRochelle PIERRE CAMPAGNAT, LaRochelle
Antoine Auton, Angoumois Jean Pollicain, Loumaist, Bret
Charles Combault, St-Jean, Angély Nicolas Fournier, Marans
Pierre Riveau, Ruelle, Angoumois Jacques Maignard, LaRochelle
François Hilleret, Marans  

 



  

LA VIE DE MATHIAS CAMPAGNA

 Mathias Campagna est né en 1626 à Saint-Christophe d’Angoulins près de La Rochelle en France.  Il est le fils de Mathurin Campagna et Jacquette Suire.  On sait peu de chose sur ses parents.  Son père Mathurin serait né en 1606 à La Rochelle, et sa mère Jacquette en 1610 également à La Rochelle.  

Mathias a 38 ans, son frère Pierre 20 ans, lorsqu’ils discutent de leur départ pour l’Amérique.  De plus, leur cousin germain, Jacques Dubois, de Saint-Vivien, tout près d’Angoulins, se joint à eux.  

Mathias arrive au Canada, le 24 mai 1664, avec son frère cadet Pierre.  Comme presque tous les nouveaux colons arrivés au pays, il est, durant quelque temps, en apprentissage sur une ferme avant de bâtir sa propre ferme.  Mathias est donc engagé par Sieur Charles Gaultier dit Boisverdun, à l'Île d'Orléans, durant trois ans.  Il lui apprend à cultiver, à travailler la terre, à couper le bois, construire une maison, faire des provisions pour l’hiver.  Tant qu’il est sous contrat, il n’a pas le droit de se marier et doit travailler pour son employeur.

Le 27 juin 1666 (Contrat par notaire Claude Auber), à Ste-Famille de l’Ile d’Orléans, Mathias achète une terre de deux arpents de front, de Louis Houde qui retournait en France, au prix de 800 livres en 4 ans, avec maison et bâtiments.  La concession est située dans la Seigneurie de Liret à St-François de l'Ile d'Orléans.  Mathias doit payer 20 sols de rente au seigneur, en plus de 12 deniers et 2 chapons vifs chaque année en la Saint-Rémy.  Houde se réserve le grain et la paille de la grange ainsi que les planches dans l’étable. Mathias part y habiter en juin 1666.

Cependant, la femme de Louis Houde, Magdeleine Boucher, qui n'était pas au courant de la vente de la terre par son mari, fait annuler le contrat, le 20 janvier 1667 (Contrat par notaire Aubert).  En dédommagement du travail fait par Mathias Campagna sur cette terre, durant près de sept mois, Louis Houde donne tout le blé qui se trouve dans la grange sauf deux minots et un boisseau qu’il se réserve pour les semences et quinze minots de pois, et paie le notaire.

Entre temps, Mathias se cherche une concession.  Il y a plusieurs belles terres à l'Ile d'Orléans.  Elles sont toutes couvertes de beaux érables et d'épinettes.

Le recensement de 1666 nous donne pour l’Ile d’Orléans: Charles Gaultier, 48 ans, Catherine Camus, 31 ans, sa femme, ....Mathias 40 ans, domestique engagé... Les domestiques sont désignés par leur seul prénom.

Charles Gaultier et Mathias feront des affaires ensemble jusqu’en 1675.  La terre de Gaultier se trouve dans la paroisse de Ste-Famille, à 2 km à l’est de l’église, terre de trois arpents de front.

Le 20 avril 1667 (Contrat par notaire Paul Vachon), Mathias se rend à Québec et achète de Monseigneur de Laval, seigneur de l'Ile d'Orléans et évêque de Québec, une concession (no 234) à St-François de l'Ile d'Orléans.   “… une terre concédée à titre de rentes et de sens seigneuriales à Mathias Campagnar habitant  et acceptant le nombre de deux arpends de terre de front sur le fleuve au passage nord, tenant d’un costé de Pierre Roussel dit Beaucourt et de l’autre costé aux terres non concédées...Mathias devra tenir feu et lieu et défricher la dite terre... ”

Il avait le droit de pêche dans le fleuve, mais vis-à-vis sa terre. Le contrat est passé à l'évêché de Québec et signé par Mgr de Laval “ françois évesque de pétrée ” et le notaire Vachon.  Mathias s'oblige à payer, par chaque an à la fête de St-Martin, la somme de vingt (20) sols pour chaque arpent, douze deniers de cens, en plus de deux chapons vifs ou trente (30) sols par chapon.  Mathias doit faire un chemin de 15 pieds français de large pour laisser circuler les voisins.  Il est douteux qu’il en ait profité longtemps, car dès le 24 janvier 1668, nous apprenons que la concession est maintenant aux mains de Martin de Saint-Aignan.

Cinq jours après l'achat de sa terre, le lundi 25 avril 1667, Mathias passe un contrat de mariage, devant le notaire Gilles Rageot, avec Suzanne Aubineau (Aubinot selon le Dictionnaire Tanguay).  “ Pardevant Gilles Rageot notaire &ca furent presents en leurs personnes Mathias Campagnat habitant de lisle dorleans fils de feu Mathurin Campagnat et de Jacquelette Suire ses pere et mere vivants en la paroisse d’Angoulin prosche LaRochelle d’une part   et Suzanne Aubineau veuve de feu Pierre Aucler dudit bourg dangoulin prosche de LaRochelle de present en ce pays d’autre part ”.

Le contrat de mariage est passé à Québec, en la maison de Sieur Guillaume Feniou (bourgeois), un rochellois, époux de M.Anne Gaultier.  Y assistent une quinzaine de hauts personnages: “ Maître Louis Rouer Sieur de Villeray premier conseiller, Jacques Cailhault escuyer Sieur de la Tisserie conseiller du Roi au Conseil Souverain de ce pays (propriétaire d’un domaine de 15 arpents de front sur l’Ile), Damoiselle Eléonore de Grandmaison femme dudit Sieur de la Tisserie (propriétaire du fief de Beaulieu 40 arpents de front), Marie-Anne Gaultier (15 ans) femme du Sieur Guillaume Feniou (mariée à l’âge de 13 ans; l’église permet le mariage à 12 ans), Anne La Marre femme de Maître Pierre Duquet (premier notaire de naissance canadienne, absent car occupé), Esther de Lambourg veuve de feu Guillaume Gautier (belle-mère de Guillaume Feniou) escuyer Sieur de la Chesnaye, Jean Madry chirurgien du Roy, Louis Pinard maître chirurgien des Trois-Rivières, André Fouquet (engagé chez les Ursulines), Jean Duboys (*) cousin germain dudit futur époux (engagé chez les Ursulines), Claude Challe (tonnelier de Beaupré), René Ouellet (ami de Mathias, demeurant à Ste-Famille), Pierre Campagnat frère dudit futur époux (23 ans), Anne Javelot, Jacques Loyer Sieur de la Tour (marchand), Damoiselle Marie Magdeleine Sevestre sa femme, ont reconnu et confessé avoir fait leur traité et promesse de mariage ainsy quil en suit ”.

(*) Il y a erreur ici, car il s’agit de Jacques Duboys, cousin germain de Mathias, de Nieul en Poittou, qui était à bord du “ Noir de Hollande ” avec Mathias.

Si l’on ajoute Claude Lasserre et Charles Carmier, les deux témoins attitrés du notaire, cela donne 23 personnes. C’est une grosse réception. Il faut remarquer l’absence de Charles Gaultier, l’employeur de Mathias, pourtant presque voisin de Guillaume Feniou. On ne mentionne pas non plus la présence des deux fils de Suzanne Aubineau.

Les futurs époux se marient en communauté de biens. Il apporte à sa femme le douaire coutumier, soit la moitié de ses biens. Suzanne Aubineau apporte à la communauté la somme de 300 livres, laquelle somme doit revenir à ses deux fils Pierre (12 ans) et André (5 ans) Auclair, lorsqu'ils auront atteint leur quinzième année; cette dernière clause du contrat sera exécutée le 23 août 1695, un an après la mort de Suzanne Aubineau.  Les enfants Auclair demeurent avec leur mère et leur nouveau beau-père, Mathias Campagna.  Ils seront nourris et entretenus jusqu’à l’âge de 15 ans.

Le texte initial prévoit qu’ils seront envoyés à l’école, mais Mathias fait plutôt écrire qu’ils doivent travailler sur la ferme, jusqu'à l'âge de 15 ans. Donc, ils n’iront pas à l’école.   Le mariage a probablement lieu à Charlesbourg car Suzanne y habitait avec ses deux fils.  Sinon il a lieu à l’église Notre-Dame de Québec.

C’est donc sur la terre de Charles Gaultier, dans une maison habitable, que Mathias Campagna installe son épouse et ses deux enfants.   Dans le recensement de tous les habitants de l’Ile d’Orléans de 1667 nous voyons les notes suivantes: Isle d'Orléans, Mathias Campagna, fermier du sieur Gaultier, Suzanne Aubineau, sa femme, veuve de Pierre Auclair, Pierre Auclair, André Auclair, six bestiaux et 15 arpents en valeur (c’est beaucoup!).  Selon la définition du temps, un fermier est quelqu’un qui cultive la terre d’un autre, moyennant redevances en argent.

Les deux parties ont probablement signé un contrat de bail à ferme, mais ce dernier demeure introuvable. Mathias demeure seul sur la ferme avec sa petite famille, car Charles Gaultier, comme en fait foi le recensement de 1667, habite désormais à Cap-Rouge, où il possède une autre terre depuis longtemps.

L’entente tient durant 8 ans. Ce n’est que le 3 avril 1675, devant le notaire Michel Fillion, que le fermier Mathias et le propriétaire Gaultier, règlent leurs comptes. Mathias Campagna reconnaît devoir la somme de 100 livres tournois et 103 minots de blé froment à Charles Gaultier.

Mathias ne peut acheter cette terre de Gaultier car elle vaut trop cher. Donc il retourne voir Mgr de Laval pour une nouvelle concession, du côté sud de l’île, dans la partie qui deviendra la paroisse St-Jean. La terre a trois arpents de front. Le contrat de concession reste introuvable.  Mais nous savons qu’en 1685, la terre est vendue à quelqu’un d’autre.  Mathias n’aurait pas eu le temps de la défricher.

Entre temps, il s’est réservé deux autres terres plus à l’Est, dans l’arrière-fief d’Argentenay.  Ce fief, qui appartenait auparavant à la veuve d’Ailleboust, appartient maintenant aux Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Québec, à qui elle en fait don.  Le procès-verbal d’arpentage de Jean Guyon, en date du 19 novembre 1675, attribue à Mathias Campagna, les lots 15 et 16, à partir de l’extrême est, sur le flanc sud de l’île.

Souvent, les censitaires occupent leur terre avant d’en posséder les titres de propriété.  Ils ont seulement en main un billet de concession, appelé aussi billet d’assurance, qui les autorise à commencer le défrichement.  Après une période de probation d’un an ou deux, le seigneur les convoque pour passer devant le notaire, afin d’officialiser l’acte de concession.

Le 18 juillet 1677, les Hospitalières convoquent à leur monastère, devant le notaire Romain Becquet, Pierre Auclair pour recevoir le lot numéro 15, et le 1er août 1677, c’est au tour de Mathias Campagna de recevoir le lot numéro 16, (trois arpents et demi de front) en la seigneurie d'Argentenay (paroisse St-François).  Mère Jeanne Agnès de St-Paul en est la Supérieure et Jeanne-Françoise de St-Ignace en est l’économe.  Nous comprenons maintenant pourquoi Mathias a réservé deux terres plutôt qu’une, deux ans auparavant.  C’était en vue de permettre à Pierre Auclair, qui a maintenant 22 ans, de s’établir près de sa famille.

Mathias doit leur payer, à chaque 11 novembre, 70 sols, 3 chapons gras et douze deniers.  La terre a trois arpents de front.  Il doit y tenir feu et lieu et entretenir le chemin.  Il reçoit le droit de pêche vis-à-vis sa terre seulement.  Cette terre est en possession des Campagna jusqu’en 1890.

Dans le temps où il demeure chez Charles Gaultier, le couple Campagna-Aubineau met au monde quatre enfants. Tous les quatre sont baptisés à la paroisse Ste-Famille:

 -Charles: baptisé le 3 mars 1668.  Il épouse le 22 septembre 1692 (contrat du notaire Jacob), Marie-Madeleine Blouin, en l'église St-Jean de l'Ile, fille d'Emery Blouin et de Marie Carreau.  Sépulture le 28 juillet 1737 à St-François de l'Ile.

-Anne-Françoise: baptisée le 18 janvier 1671.

-Marie: baptisée le 3 mars 1672 et inhumée à St-François le 11 décembre 1689.

-Louise: baptisée le 6 mai 1674, décédée et inhumée à Québec le 2 septembre 1676. (1686)

Le recensement de 1681 nous donne: Mathias Campagnard (erreur dans le nom) 50 ans (en réalité 55 ans), sa femme Suzanne Robineau (Aubineau) 47 ans, Charles son fils 14 ans, Marie 9 ans, quatre bêtes à cornes et six arpents en valeur.

Au recensement de 1681, Pierre Auclair (26 ans) n’est plus propriétaire de sa terre.  Mathias Campagna occupe toujours la sienne.  Cette terre se trouve aujourd’hui à 2.4 km de l’église de St-François.  Sur le cadastre de 1879, elle correspond aux lots 234 (moitié ouest), 235 et 236. De plus, André Auclair n’est plus là.  Anne-Françoise, qui aurait 10 ans, n’est plus là, probablement décédée.  Marie décède huit ans plus tard, à l’âge de 17 ans.  Louise est décédée il y a 5 ans, à l’âge de 2 ans et demi.  Pour une raison inconnue, elle a été inhumée à Notre-Dame de Québec, plutôt que dans sa paroisse natale.  Finalement, seul Charles survivra.  Avec ses cousins, les fils de Pierre, il assurera la descendance des Campagna en terre d’Amérique.

La vie de Mathias et Suzanne est laborieuse et modeste, remplie de sacrifices.  Ils possèdent peu de choses.  Ils fabriquent leurs meubles et leurs vêtements.  Mathias coupe le bois pour se chauffer, chasse le petit gibier et pêche.  Suzanne prépare les repas.

Le 2 juillet 1683, le notaire Vachon signe un procès-verbal concernant le chemin construit par Mathias Campagna dans la seigneurie d’Argentenay.  Il habite le côté sud du chemin.  En 1689, sur une carte faite par un nommé Villeneuve, la terre no 58, appartient à Massia Campania (Mathias Campagna) entre les terres de Martin Bouché de Montmorency (Baucher-Morency) et celle de la veuve de François Golin.

L'année 1694 est marquée par le décès de Suzanne Aubineau, le 10 mars à St-François de l'Ile, inhumée le 13 mars au cimetière paroissial. Le 23 août 1695, Pierre et André Auclair donnent quittance de la somme de 300 livres que Mathias leur a promise lors de son contrat de mariage.

Mathias Campagna vécut 50 ans au Canada.  Il survécut 20 ans à son épouse et mourut le 27 août 1714, à l’âge de 89 ans.  Au sujet du décès de Mathias Campagna, le dictionnaire Tanguay nous dit qu'il est inhumé dans le cimetière de la paroisse Ste-Famille; c'est une erreur car son acte de sépulture a été relevé dans les registres de St-François de l'Ile.  Mathias finit ses jours auprès de son fils Charles.

Voici son acte de sépulture: "Le vingt-huitième d'août de l'an mil sept cent quatorze, nous soussigné curé de la paroisse de St-Jean-Baptiste (St-Jean de l’Ile d’Orléans), ay fait l'enterrement du bonhomme Mathias Campagna dans le cimetière de la paroisse de St-François de l'Isle, décédé le jour précédent dans la nuit, après avoir été muni de tous les sacrements à l'âge d'environ quatre-vingt-huit ou dix ans (en fait à 89 ans) et ce en l'absence de Mr Bisand, missionnaire de la dite paroisse.  Grand nombre d'habitants ont assisté au dit enterrement, entre autre Joseph Lepage, Jacques Asselin, Antoine Bilodeau, lequel Joseph Lepage a signé, les autres ne sachant écrire ni signer." Prêtre Boucher, missionnaire.

Pourquoi Mathias et son frère Pierre sont-ils venus en Nouvelle-France ? Pour coloniser bien sûr.  Ils ont été invités par les fondateurs de la Nouvelle-France à venir s’établir dans un nouveau pays prometteur et très fertile. Ils ont aussi été invités par les Missionnaires pour aider à répandre la parole du Christ.


   

LA VIE DE SUZANNE AUBINEAU

Suzanne Aubineau est née en 1633 à St-Christophe d’Angoulins, en France, également le village natal de Mathias Campagna, à 12 km au sud de La Rochelle.  On écrit qu’elle serait la fille de Grégorine Aubineau.

Elle épouse Pierre Auclair (Leclerc) en 1653, à St-Vivien, près d'Angoulins, en France.  Pierre Auclair était né en 1627 à St-Vivien.  Le juge Robert Auclair, de Québec, a obtenu de la mairie de Saint-Vivien, les précisions suivantes.  Le couple a eu trois enfants:  

    - Pierre, baptisé le 7 février 1655. Il aurait été baptisé sous le nom de Leclerc.

    - Anne, décédée le 21 août 1661. Une source (internet) confirme la naissance de Anne, en      1656 et décédée le 21 août 1661. (Source :Michigan’s Habitant Heritage, Volume 8,              numéro 3, juillet 1987, pages 60 à 63, écrit par Howard J. Auclair).

    - André, baptisé le 23 avril 1662 à La Rochelle, décédé le 14 mai 1699 à Charlesbourg en Nouvelle-France.

Les trois enfants sont nés et baptisés à Saint-Vivien, à 6 km au sud-est d’Angoulins, où le couple Auclair-Aubineau s’est établi.

Pierre Auclair, son époux, a été inhumé le 25 janvier 1663, à l’âge de 36 ans.  Donc Suzanne Aubineau, veuve, et ses fils, Pierre et André, arrivent en Nouvelle-France en 1666 à bord du navire “Le Moulin d’Or”.

Selon Robert L’Heureux, auteur du livre “ La Maison Auclair-L’Heureux ”, il est probable qu’elle soit arrivée durant l’année 1666.  D’après lui, Suzanne Aubineau est une Fille du Roi.  On les appelait ainsi car leur transport et leur établissement dans la colonie sont à la charge du Roi.  On dit que près de 800 Filles du Roi sont venues en Nouvelle-France.  Le tiers d’entre elles sont orphelines et plusieurs sont veuves.  C’est le cas de Suzanne Aubineau.  Elle avait probablement 31 ans, lors de son arrivée au pays.

Sur internet, Donald Campagna, a réussi à retracer une liste des 800 Filles du Roi, sur laquelle apparaît le nom de Suzanne Aubineau. On y voit : mariage Campagna, Mathias, contrat 25 avril 1667. Source : Volume de Yves Landry, sur les Filles du Roi au 17e siècle, Léméac, 1992.

Une autre liste de 30 Filles du Roi prise dans le répertoire d’Yves Landry ne figurant pas sur la liste de Bob Way.  On y voit : veuve de Pierre Auclair, contrat de mariage avec Mathias Campagna le 25 avril 1667.

Le 11 août 1666, elle assiste comme témoin à un contrat de mariage entre Jean Cadou et Suzanne Letru.  Celle-ci était originaire de La Rochelle et était sur le navire avec Suzanne Aubineau.  Elle ne sait pas signer.  Imaginez que Jean Talon y assiste aussi.

Suzanne signe un premier contrat de mariage le 24 août 1666 (jour de la Saint-Barthélemy), avec Jacques Michel, devant le notaire Romain Becquet.  Ce Jacques Michel habite l’Ile d’Orléans, fils de feu Jean Michel et de Françoise Normand.  Elle annule ce contrat huit jours plus tard.  Suzanne doit trouver un nouveau parti.

Suzanne Aubineau se rend en 1667 chez Dame Anne Gasnier qui s’occupait des Filles du Roi.  Elle fait la rencontre de Mathias Campagna et le vendredi 22 avril 1667, devant le notaire Gilles Rageot, elle signe un deuxième contrat de mariage.  Le mariage a lieu le lundi 25 avril 1667, jour de la Saint-Marc.  Ses deux fils habitent avec eux.  Il est probable qu’elle connaissait Mathias Campagna avant de se rencontrer en Nouvelle-France, étant nés tous les deux dans le même village et n’ayant que deux ans de différence.  De leur union sont nés quatre enfants.

Plus tard, l’aîné, Pierre Auclair, possède la terre juste à côté de celle de Mathias.  Elle deviendra plus tard, la propriété de Charles Campagna.

Lorsqu’elle atteint l’âge de 55 ans, Suzanne Aubineau a des ennuis de santé.  Selon les registres de l’Hôtel-Dieu de Québec, au début de l’année 1690, à deux reprises, elle fait des séjours à l’Hôtel-Dieu.  On y lit : “ Susane Hobignon aages de 58 an de la paroisse de Angoul proche de La Rochelle famme de Mathias Campagna ”.  Le 19 février, elle y entre et ne sort que le 12 mars suivant.  Elle y revient le 15 avril, pour 15 jours.

Suzanne Aubineau meurt le 10 mars 1694, à 59 ans et est inhumée le 13 mars au cimetière de St-François de l’Ile d’Orléans.  D’autres sources parlent de l’inhumation au 25 mars 1694.

"Le treizième jour de mars a été inhumée dans le cimetière de cette paroisse (St-François) Suzanne Aubineau décédée le 10e précédent, âgée de cinquante-neuf ans, femme de Mathias Campagna; après avoir reçu les sacrements de pénitence et d'extrême onction et de Viatique.  Ont assisté à son inhumation comme témoins: Gabriel Voyer et Jacques Lounier, lesquels ne purent signer." A. Davion, prêtre missionnaire.

 



  

LA VIE DE PIERRE CAMPAGNA

Pierre Campagna arrive au Canada le 24 mai 1664 avec son frère Mathias.  Il serait né en 1644 à Saint-Christophe d'Angoulins, France.  Ses parents: Mathurin Campagna et Jacquette Suire.

A son arrivée au Canada, il a 20 ans et est domestique engagé chez Sieur Denis Brière à Cap-Rouge.  Brière possède 20 arpents en cultures et 11 bêtes à cornes.  Brière vient de Normandie, a 35 ans, époux depuis 1658 de Françoise Bigot, veuve de Charles Guillebout.  À la maison, il y a 5 enfants Brière et Guillebout, qui ont de 4 à 15 ans.

Pierre Campagna passe un contrat de mariage, le 5 janvier 1670, devant le notaire Romain Becquet, avec Anne-Françoise Martin (Fille du Roi), à Québec.  Mathias et Suzanne Aubineau y assistent, ainsi que Dame Anne Gasnier, responsable des Filles du Roi.

Le mariage a lieu le dimanche 15 janvier 1670 à Québec.  Pierre habite St-Augustin.  Le contrat stipule que le mariage devait se faire dans les dix jours suivant le contrat.  Ils se marient en communauté de biens.  Anne-Françoise apportait 200 livres et 50 livres comme cadeau du roi.  Pierre ne pouvait toucher cet argent.

Pierre demeure pendant de nombreuses années au service de Brière.  Le 1er novembre 1679, Pierre loue une terre à Cap-Rouge dans la seigneurie de Maure, de Florence Gareman, veuve de François Boucher.  La terre de huit arpents de front est louée pour cinq ans et il s'engage à payer à la veuve, chaque année à Noël, 12 minots de blé et 8 minots de pois, etc.  En retour, la veuve Boucher lui prête deux boeufs, charrette, traîne et se réserve une chambre dans la maison sise sur la terre louée.  Contrat signé par le notaire Becquet.  Il loue aussi la grange, le jardin et le bois.  La ferme était voisine de celle de Etienne Chevalier et Denis Brière.  Cette terre est celle qu’occupe aujourd’hui l’Hôtel de Ville de Cap-Rouge.

Le recensement de tous les habitants du Canada de 1681 nous donne: St-Augustin, Seigneurie de Maure, Pierre Campagna 35 ans (en fait 37 ans), Anne-Françoise Martin 30 ans, Marie 11 ans, Louis 9 ans, Marguerite 7 ans, Pierre 5 ans, Françoise 3 ans, un fusil, deux bêtes à cornes, 14 arpents en valeur.

Des époux Campagna-Martin sont nés onze enfants:

 - Marie-Angélique: baptisée en 1671, épouse le 4 juillet 1729 à Montréal, Jean Bonin. Sépulture à Montréal ou Québec, le 4 décembre 1745.

 - Marie-Anne: baptisée le 24 février 1671 à Sillery, épouse Guillaume Jean (contrat du notaire Paul Vachon) le 28 février 1685, fils de Vivien Jean et de Suzanne Ayrault à la Pointe aux Trembles.

 - Louis: baptisé le 30 mai 1672 ou 1676 à Sillery, épouse à St-Augustin en 1692 ou 1696, Angélique Rabouin. Sépulture à St-Augustin le 10 juillet 1731.

 - Louise: baptisée le 30 mai 1672 ou 1673.

 - Marguerite: baptisée le 4 avril 1674 à Québec.  Elle épouse le 13 novembre 1689 à la Pointe-aux-Trembles, Pierre Garzeau (Gorceaux) et en secondes noces le 9 avril 1720 à Batiscan Edmond Guibaud. Sépulture à La Pérade le 18 avril 1727.

 - Anne-Françoise: baptisée le 23 juillet 1677 à Québec.  Décès après le recensement de 1681.

 - Françoise-Paule: baptisée le 11 juillet 1683 à Neuville, épouse le 23 septembre 1697 à St-Augustin, Laurent DuBocs. Sépulture au même lieu en 1717.

 - Pierre: baptisé le 17 mars 1686 à Neuville (Pointe-aux-Trembles).

- Marie-Madeleine: baptisée le 3 décembre 1684 à Neuville, épouse le 10 mai 1699 à St-Augustin, Jean-Baptiste Delguel dit Labrèche.  Sépulture le 26 mars 1764 à St-Augustin.

 - Charles: baptisé ?, épouse le 26 novembre 1692 Madeleine Rabouin.

 - Jeanne: baptisée en 1689, épouse à St-Augustin le 15 octobre 1708, Etienne Amiot (contrat par le notaire Lacetière).  Sépulture le 27 juin 1739.

Pierre Campagna présente une requête au Conseil Souverain de Québec, en accusant un certain François Fleury dit Mitron, “ pour avoir battu et dessin premedité, la femme du suppliant ”.  Fleury fut condamné à 100 sols d’amende et 10 sols d’intérêt.

Sous le régime français, tout se faisait devant le notaire.  Ainsi, le 22 mai 1687, Pierre Campagna apportait au Sieur Pierre Nolan, 5 minots de blé et les vendait pour la somme de 20 livres.  Donc on signait une quittance devant le notaire Rageot.  Pierre ne savait pas signer.

Le 22 avril 1688 (contrat par notaire Gilles Rageot), Pierre loue une terre de trois arpents de front qu'il possède à St-Augustin, à Antoine Gaboury pour 6 ans, avec la cabane.  Gaboury doit payer chaque année 16 minots de blé et 5 minots de pois blancs.

Par un acte du notaire Gilles Rageot, le 30 mai 1691, Pierre devient possesseur d'une nouvelle terre qu'il achète d'Etienne Chevalier.  Cette concession de deux arpents de front avec habitation, est située sur le premier coteau de la Seigneurie de Maure, St-Augustin.  C’est la terre voisine de François Boucher et de Pierre Auclair.  Pierre doit payer la somme de 200 livres en cinq termes.  Pierre devient pêcheur d'anguilles.

En l'année 1685, Pierre et Anne-Françoise marient une de leurs filles, Marie-Anne (14 ans) à Guillaume Jean (contrat du notaire Paul Vachon), le 22 janvier 1685.  Mathias et son épouse assistent à la  signature du contrat, ainsi qu'André Auclair.  Pierre Campagna et son épouse donnent à leur fille pendant huit ans, 300 anguilles fraîches, etc. On donnait ce qu’on avait.

Le 22 mai 1687, quittance par Pierre Campagna à Pierre Nolan, contrat du notaire Rageot.  Il apporte à Nolan, 5 minots de blé cultivé sur sa terre et les vend pour 20 livres.  Nolan paie.

Au mariage de leur fille Marie-Paule avec Laurent DuBocs, les parents Campagna, devenus un peu plus fortunés, donnent à leur fille “une taure de huict mois et un grand cochon et une truie megre ”.

Le 15 février 1700 (contrat du notaire Gilles Rageot), Pierre et son épouse se rendent chez le notaire pour faire une donation de leurs biens à leur gendre Pierre Delguel dit Labrèche, époux de Marie-Madeleine Campagna. "Considérant que le grand âge dans lequel ils sont avancés (58 ans) ne leur permet plus de travailler de leurs mains, à faire valoir le peu de bien que Dieu leur a donné et considérant d'ailleurs que la plus grande partie de leurs enfants sont pourvus par mariage à l'établissement desquels ils ont contribué et désirant dans l'extrême vieillesse (58 ans) où ils sont, trouver les moyens de n'avoir autre embarras que celui de songer à la mort et de se rendre digne de l'éternelle félicité pour raison de quoi ils ont de bon gré et volonté fait donation... Pierre a 58 ans et Anne-Françoise 62 ans.

Les “ vieux ” donnent la moitié d'une terre de trois arpents de largeur, deux boeufs, l'un sous poils rouges et l'autre sous poils noirs, quatre vaches noires dont trois avaient quatre ans et l'autre neuf ans, deux jeunes boeufs sous poils rouges, une génisse et cinq cochons.

En retour Delguel et sa femme doivent éponger les 477 livres de dettes des parents, et bien prendre soin d’eux, les nourrir, les vêtir, les loger et les soigner, jusqu’à leur décès.  Au décès de chacun, ils doivent faire dire dix messes basses de requiem, etc.

Pierre Campagna et son épouse demeurent encore quelque temps à St-Augustin.  Puis Anne-Françoise demande séparation de corps et de biens et va vivre à Québec, quartier de la porte St-Louis.  Pierre va vivre chez son gendre à St-Augustin.

Pierre Campagna est décédé et inhumé à St-Augustin entre le 14 juin 1706 (acte notarié entre Pierre Campagna et son épouse Anne-Françoise Martin, donc Pierre est bien vivant) et le 30 juillet 1707 (Acte notarié d’une donation d’Anne-Françoise Martin, veuve de Pierre Campagna, à Jean Delguel).  Donc Pierre Campagna serait décédé entre ces deux dates.  C’est ce que nous possédons de plus précis présentement.

Quant à Anne-Françoise Martin, elle meurt le 26 décembre 1719 à l'âge de 70 ans et est inhumée au cimetière de St-Augustin.

Les descendants de Pierre Campagna demeurent dans la paroisse de St-Augustin jusqu'en 1730, époque où ils s’installent à Sainte-Anne de la Pérade jusqu'en 1750, puis nous les retrouvons à Saint-François du Lac, Saint-Wenceslas et à Montréal. Actuellement il y a plusieurs descendants de Pierre à Woburn et à Montréal.

Mariages à Ste-Anne de la Pérade:

- 1724, Marguerite Campagna et Pierre-Charles Vallée

- 1731, Jean-Baptiste Campagna et Marie-Anne Guilbeau

Mariages à St-François du Lac:

- 1766, Anne Campagna et François Garand, 1757, Josephte Campagna et Michel Dubois

- 1762, Véronique Campagna et Vincent Picheron

Mariages à Neuville:

- 1689, Marguerite Campagna et Pierre Garceau

- 1685, Marie-Anne Campagna et Guillaume Jean

Des dizaines de mariages à Woburn.  


 

LA VIE D’ANNE-FRANÇOISE MARTIN

 Anne-Françoise Richard dite Martin est née à Orléans en France en 1649 (ou 1651), fille de feu Nicolas Martin et Madeleine Fauvenet (ou Fournier) d’Orléans en France.  Elle arrive au Canada en 1669 comme Fille du Roi (même source que celle de Suzanne Aubineau).  Elle est orpheline, ses parents (Martin) étant décédés.  Anne-Françoise porte le nom de Martin mais souvent sous le nom de Richard, nom de son protecteur et tuteur, son oncle Nicolas Richard de la ville d’Orléans en France.

Dès son arrivée en Nouvelle-France, en attendant de se marier, elle habitait chez Anne Gasnier, responsable des Filles du Roi.

Elle passe un premier contrat de mariage, annulé par la suite avec François Dernajou le 12 décembre 1669.  Puis un deuxième contrat de mariage est annulé le 24 décembre 1669 avec Pierre De Lavoye.  

Elle signe un troisième contrat de mariage, le 5 janvier 1670 avec Pierre Campagna, dans la région de Québec.  Ils se marient en communauté de biens.  Anne-Françoise apporte 200 livres et 50 autres livres, cadeau du Roi de France.

Le 30 juillet 1707, elle signe un acte de vente d’une terre, fait à Jean Delguel dit Labrèche (son gendre), devant le notaire Lacetière de Québec.  Elle est alors veuve de Pierre Campagna.  Elle demeurait à la Seigneurie de Maure.  Elle avait reçu cette terre de son époux, par acte de donation le 15 février 1700.  La terre avait huit arpents de front, sur 30 arpents de profondeur, avec habitation. Delguel devait payer 15 livres, un sol de cens et rente, au seigneur de Maure, à la St-Martin.  Aussi 300 livres à Anne-Françoise Martin, 50 livres aux Pères Récollets et une autre somme aux pauvres de l’Hôtel-Dieu de Québec.  Il devait aussi fournir 15 minots de bon blé froment chaque année à sa belle-mère, en plus d’un cochon gras, 10 cordes de bon bois de chauffage.

Anne-Françoise Martin meurt le 26 décembre 1719 à Saint-Augustin, inhumée à St-Augustin.


   

LA MAISON ANCESTRALE DE L’ÎLE D’ORLÉANS

La vieille maison québécoise fait partie d’un des seuls patrimoines que nous ont légué nos ancêtres.  Il est impossible de demeurer insensible devant les vestiges authentiques d’un bâtiment dont les murs semblent vouloir nous raconter une partie de notre histoire.  C’est à travers ces pierres dont les intempéries ont à peine altéré la beauté et la force, que l’on se voit nous-mêmes un soir d’hiver, en train de ranimer le feu du grand foyer

L’on se veut pleinement québécois devant ces bijoux d’architecture, dont les mains de l’homme ont été les seules maîtres.  La seule richesse de pouvoir se souvenir à travers quelques pierres est le plus merveilleux sentiment que l’on puisse posséder.

La vieille maison des Campagna à Saint-François de l’Ile d’Orléans, fut construite en 1731 par Charles Campagna et ses fils Jacques, Joseph, Charles, Simon et Michel.  La terre sur laquelle elle fut bâtie, avait été achetée par Mathias Campagna de Mgr de Laval, le 20 avril 1667.  C’est une terre de trois arpents de front sur le fleuve.  On voyageait en ce temps-là autant en canot qu’en voiture.  Mathias devait défricher en partie chaque année pour y tenir feu et lieu.  Il avait aussi le droit de pêche et de chasse, vis-à-vis sa terre.

La vieille maison mesure 38 pieds de long par 24 pieds de large.  Elle fait huit pieds de haut et le grenier fait 9 pieds.  Elle possède quelques fenêtres, mais aucune sur le côté nord à cause du vent qui frappe de ce côté.  La maison se situe à un mille et demi de l’église.  Sa cheminée de pierres va du plancher au grenier.  C’est une maison à même le sol, sans solage surélevé.  L’habitation ne possède pas de galerie.

La première génération de maison qui s’élève au Canada, est directement inspirée des maisons de l’ouest de la France.  Les colons avaient à l